Le grand troche, sorite/01
Le Sorite
Il en faut cinq — il en faut trois
il en faut cinquante-trois
ôtez-en trente — ôtez-en vingt
il en reste deux — il en reste un.
Combien de gangs, de gags, de gogues pour faire un État ?
Combien faut-il de groins pour faire un Golgotha ?
Combien faut-il de crins (& d’écrins !) pour un matelas ?
& combien de chagrins pour y rêver le Grand Sabbat ?
Il en faut cinq — il en faut trois
il en faut cinquante-trois —
ôtez-en trente — ôtez-en vingt
il en reste deux — il en reste un.
Combien faut-il de tours pour tourner le Grand Tour
avant de revenir aux rations des quatre raisons
sur le manège des saisons ?
Combien faut-il d’années pour que tous mes damnés
aient fini d’engouffrer le vol-au-vent d’enfer
du sot rite de mes hiers ?
Combien faut-il de vers — de hameçons-poèmes
de ligne de fil blanc — pour que lecteur sans peur
tu ne ries pas de rire & ries de ne pas rire ?
Combien faut-il de jours pour faire la Grand’Nuit
Où le silence ne sera plus le suprême bruit
des bavards qui ont trop à dire ?
Combien faut-il de pas pour passer à trépas ?
Combien d’étrons faut-il pour l’odeur des lilas ?
Combien faut-il d’encens pour un assassinat ?
& combien de cerveaux pour faire un cervelas ?
Il en faut cinq — il en faut trois
il en faut cinquante-trois
ôtez-en trente — ôtez-en vingt
il en reste deux — il en reste un.
Combien faut-il de deux pour un duplicata ?
Combien faut-il de « moi » pour un Julien Torma ?
Combien de clins pour faire un œil ?
Combien de dieux pour faire un deuil ?
& combien de combiens — pour mon orgueil ?
Il en faut cinq — il en faut trois
il en faut pour les cancrelas
mettez en vente — parlez en vain
il en reste deux — il en reste un.
(Touchons du bois
ce n’est pas moi.)